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    olivia

9 juillet 2011

il y a 17ans…

Publié par olivia dans il y a 17 ans...

ce soir, on ne rira pas, désolé!…
Il y a 17ans, j’ai dû  prendre la plus difficile décision de ma vie.

Il y a 17ans, j’ai pris la décision d’arrêter ma grossesse…

A l’époque, j’avais 17ans, en couple depuis 1an. J’étais jeune mais très mature. Je suis tombée enceinte par choix, un choix mûrement réfléchi. Le début de grossesse a été tout ce qu’il y a de plus agréable et classique.Mais ça s’est dégradé au cours du 6ème mois de grossesse.

Lors d’une échographie de contrôle, le médecin s’est aperçu que mon bébé ne se développait pas harmonieusement. Il a donc immédiatement mis en route tout un tas d’examens : échographie très sophistiquée, prise de sang et enfin amniocentèse. L’examen de trop, celui qui a arrêté ma vie.

Après 3 semaines interminables, le verdict est tombé. Mon fils était atteint de trisomie 21. Le jour où j’ai appris cette terrible vérité, une part en moi est morte. Le mot n’est pas trop fort. Une terrible mélancolie m’a envahi et ne m’a, depuis, plus  jamais quitté.

Le malheur soude ou bien détruit les couples. Dans notre cas ; malheureusement, cette terrible nouvelle aura tué notre jeune couple…
Je me suis donc retrouvée seule face à d’horribles choix à faire. Ma maman, avec qui j’étais fusionnelle à l’époque, m’a toujours soutenue autant que cela a été possible. Mais c’était moi qui devais choisir la tournure qu’allait prendre ma vie.

Un 27 Décembre, je me suis retrouvée face au grand professeur du service de gynécologie. Comme il me l’a dit, la question était simple : soit j’acceptais d’élever un enfant trisomique qui n’aurait pas une très longue espérance de vie et devrait se faire opérer à coeur ouvert dès la naissance soit je prenais la décision de pratiquer un avortement thérapeutique, qu’ils appellent ça… Les mains sur le ventre, ce jour là encore, je jouais avec mon trésor, mon enfant. Le quitter m’étais une idée impensable.. Je crois même que, ce jour là, je n’ai même pas entendu (pas voulu) cette « possibilité ». J’avais déjà commencé à réorganiser la vie que je nous avais prévu. Rien ne me semblais impossible, je serais à la hauteur, toujours là pour lui quelques soient les épreuves que nous rencontrerions. J’avais 17ans…

je devais prendre ma décision avant le 19 Janvier, date à laquelle je revoyais le professeur. Il me restais trois semaines à vivre un bonheur si fragile. Je m’accrochais à l’idée que tout irait bien,étais heureuse de tous ces coups de pied qui déformaient mon ventre. N’était ce pas un signe de vitalité?? Je m’accrochais désespérément à mon ventre; doux jeux à deux et bisous tendres déposés. Hasards de la vie ,par 2 fois, j’ai croisé des enfants trisomiques. Des enfants qui jusque là n’avaient pas arrêté plus que cela mon attention. Je m’en suis voulu. Je les ai regardé jouer au parc, rencontrer tant de difficultés pour se déplacer, à parler, se faire comprendre. Mais surtout, j’ai vu le regards des autres. Les enfants méchants qui poussent celui qui est différent, l’isole, se moque et les adultes qui cachent très mal leur dégoût derrière un sourire forcé adressé aux parents.

J’ai pris tout cela en pleine tête, c’est sans doute là où j’ai commencé à avoir des doutes. Mais c’était si dur à gérer parce que j’avais tant d’amour pour mon fils, que je n’avais pas le droit de penser à me séparer de lui. J’ai fais le choix de rencontrer les membres d’une association d’enfants trisomiques. J’ai rencontré des familles merveilleuses à l’image de ce que j’imaginais faire. Des familles qui étaient totalement investies pour leur enfant : matin, midi et soir là pour leur petit. Mais aussi des familles endeuillées : la maladie ne laisse souvent que peu d’années de répit… Mais surtout, j’ai rencontré des parents qui ont eu l’honêteté de me parler de ce qu’était réellement leur vie. Une vie difficile à gérer au quotidien : outre le handicap de leur enfant,  ils m’ont expliqué combien on est exclus de la société, combien leur enfant n’en fera jamais partie, combien ils ne supportent plus la méchanceté des gens et comment parfois, ils seraient tentés d’abandonner la bataille tant c’est difficile…

Ce terrible face-à-face avec la réalité m’a ouvert les yeux. Personnellement, j’étais toujours prête à tous les sacrifices, donner ma vie pour qu’il soit heureux. J’étais prête à cela. Mais cette rencontre m’a permis de me rendre compte à quel point jamais je ne pourrais supporter qu’il soit malheureux à cause du regard méchant des autres, la violence, l’isolation, le dégoût. Jamais je n’accepterais qu’il se rende compte de cela. Et il ne sert à rien de se voiler la face, ça serait arrivé…

La deuxième raison, c’était sa santé plus que fragile. Le médecin m’avait bien prévenu que son petit coeur, mal-formé, devrait être opéré dès la naissance et que le résultat ne serait pas forcément une réussite. Ensuite, je me disais, qu’en plus de subir son handicap, il devrait passer régulièrement à l’hôpital à supporter des douleurs insupportables.
Est ce que j’avais le droit de lui faire subir tout cela??

C’est pourquoi, la veille seulement du jour fatidique, je me suis résolue à accepter l’avortement thérapeutique.
Le médecin à semblé soulagé. Mais pourquoi donc? Est ce lui qui allait perdre ma seule raison de vivre? Est ce lui qui se sentait aussi vide et sale? Je ne crois pas.

De l’opération, je ne dirais rien sauf ce qui m’a le plus marqué, m’a le plus détruite :

Après 7 mois d’une grossesse idylliques, où chaque  jour, je jouais et distribuais tout mon amour à mon fils qui me le rendait bien, en l’espace de quelques minutes tout a été terminé. Plus de mouvement, plus de vie : tout s’est arrêté en moi. J’ai cru que j’allais mourir moi aussi, je l’aurais tant voulu… en vain. Je n’avais pas le droit de partir, moi! Comme si ce n’était pas suffisant, l’accouchement a finit de m’achever. Pleine d’amour quelques minutes avant, je me suis retrouvée vide , au sens propre du terme. C’est une sensation terrible.
VIDE!

On m’a pris mon fils, je n’ai même pas pu le tenir, le voir seulement.

Il y a 17ans, j’ai tué mon fils.

 

Jamais plus je ne vivrais vraiment…

 

2 Réponses à “il y a 17ans…”

  1. ANoNymE384 dit :

    Votre histoire me touche beaucoup, Olivia. Je ressens beaucoup de douleur dans ces lignes et j’espère fortement que les écrire vous aura un peu soulagée. Comme ça a dû être dur… Je ne peux pas dire si vous avez fait le bon choix, personne ne le peut, mais ce que je sais c’est que vous avez choisi dans l’amour pour votre fils, vous l’aimiez évidemment trop pour le voir souffrir et c’est ce qui fait de vous une mère à part entière. Je regrette que pour que votre fils ne souffre pas ce soit vous qui deviez souffrir. E. vous transmet lui aussi toute sa compassion « la plus chaleureuse ». Il dit que vous n’avez pas tué votre fils, c’est la maladie qui l’a tué, vous avez fait en sorte qu’il souffre moins avant de s’éteindre.

  2. errancesgay dit :

    Bonjour à vous! C’est totalement par hasard que je suis tombé sur votre blog. Honnêtement, votre histoire m’a touché. Je ressens à travers vos billets une grande sensibilité, que ce soit votre témoignage poignant de ce qui s’est passé il y a 17 ans, ou lorsque vous racontez que vous aimez écouter les conversations des gens dans le bus ou au restaurant. Un coup forte et positive, digne d’une super maman, cela ne vous empêche pas d’être non moins humaine avec vos bas et vos hauts. Ce que j’aime dans votre histoire, c’est que rien ne semble exagéré, vous n’êtes pas dans un leurre. Il y a une simplicité, un besoin de vérité qui fait plaisir et donne envie de vous lire. Votre blog, c’est l’histoire d’une vie parmi tant d’autres, mais c’est la votre. Bonne continuation.

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